
Marchés publics chez RESA. Comment un dossier né dans l’orbite Nethys a fini par viser Moreau, Simon, Tintin et d’autres protagonistes
Liège. Révélée au début de 2021, l’affaire des marchés publics de recouvrement liés à RESA s’est progressivement imposée comme un nouveau volet sensible de l’environnement Nethys. Derrière les noms de Stéphane Moreau, Gil Simon, Paul Tintin et Me Jean-Dominique Franchimont, la justice cherche à déterminer si des marchés publics lucratifs ont été régulièrement attribués, ou s’ils ont été structurés pour favoriser un acteur déterminé. Cinq ans après les premières révélations, le dossier n’a pas débouché, à ce stade, sur une condamnation publique connue, mais il a franchi plusieurs seuils judiciaires majeurs, jusqu’à exposer plusieurs personnes physiques et morales à un risque de renvoi en correctionnelle. (Le Vif)
L’affaire surgit publiquement le 4 février 2021. Le Vif révèle alors qu’une instruction judiciaire pour corruption vise RESA, intercommunale sortie du giron de Nethys à la mi-2018. Selon cette première salve d’informations, l’enquête ouverte à Liège porte sur des marchés publics liés au recouvrement de créances et fait apparaître quatre noms au centre du dossier médiatique de l’époque, Gil Simon pour RESA, Stéphane Moreau pour l’ex-galaxie Nethys, l’avocat Jean-Dominique Franchimont et l’huissier Paul Tintin. Dès ce moment, le cadre est posé. Il ne s’agit pas d’un jugement, mais bien d’une instruction pénale visant à vérifier des soupçons de corruption, de prise d’intérêts et d’irrégularités dans des marchés publics. (Le Vif)
Le point de départ factuel remonte toutefois plus loin. D’après Qu4tre, qui a rendu compte de l’évolution du dossier en février 2025, l’affaire prend sa source vers 2015, dans le contexte de la création envisagée d’une structure de recouvrement d’impayés pour RESA et VOO, alors encore rattachées à la sphère Nethys. Autrement dit, le dossier ne naît pas d’un acte isolé mais d’une stratégie économique autour du recouvrement de créances, un secteur potentiellement très rentable lorsqu’il concerne de grands opérateurs publics ou parapublics. C’est précisément ce contexte qui intéresse les enquêteurs. La question n’est pas seulement de savoir qui a remporté les marchés, mais de comprendre comment ces marchés ont été préparés, cadrés et attribués. (QU4TRE)
Au fil des années, l’instruction semble s’être densifiée. Les sources publiques consultées indiquent que le dossier ne s’est pas refermé après les révélations de 2021. Au contraire, il a continué à progresser. En janvier 2025, 7sur7 rapporte que Stéphane Moreau risque un renvoi en correctionnelle dans l’affaire RESA, aux côtés d’autres ex-dirigeants, employés et d’un huissier de justice. Le média évoque explicitement des soupçons de marchés publics faussés. Cette formulation est importante. Elle traduit un glissement du simple soupçon médiatique vers une position procédurale plus avancée, celle d’un parquet qui envisage un renvoi devant une juridiction de jugement. (7sur7)
Le 7 février 2025, Qu4tre précise l’état du dossier. La chambre du conseil de Liège examine alors l’affaire, mais ne tranche pas. L’examen est remis sine die, la défense ayant sollicité des devoirs complémentaires. Cette étape est juridiquement essentielle. Elle signifie que le dossier a dépassé le stade de l’enquête préliminaire et de l’instruction purement discrète pour entrer dans la phase où se discute un possible renvoi devant le tribunal correctionnel. Qu4tre rapporte aussi que sept personnes sont alors visées par le réquisitoire du parquet. Les qualifications mentionnées dans cette couverture comprennent notamment corruption, entrave à la liberté des enchères, faux commis par fonctionnaire et entrave aux enchères, selon les personnes concernées. (QU4TRE)
Ce point permet de mieux comprendre la structure du dossier. Tous les protagonistes ne sont pas soupçonnés des mêmes faits. D’après Qu4tre, Paul Tintin, sa société et Stéphane Moreau sont cités dans le périmètre des soupçons de corruption et d’entrave à la liberté des enchères. Gil Simon, RESA et une employée sont quant à eux associés, dans le réquisitoire rapporté par la presse, à des soupçons de faux commis par un fonctionnaire et d’entrave aux enchères. Cette différenciation montre que, pour le parquet, le dossier ne se résume pas à une simple relation entre donneur d’ordre et bénéficiaire de marché, mais pourrait impliquer plusieurs niveaux de responsabilité dans la préparation, la rédaction ou l’attribution des procédures litigieuses. (QU4TRE)
L’évolution la plus récente connue publiquement intervient en mars 2026. L-Post écrit alors que neuf personnes risquent désormais le renvoi en correctionnelle dans le dossier des marchés publics présumés truqués chez RESA. Parmi elles figurent Stéphane Moreau, Paul Tintin et sa SRL, Gil Simon, la directrice juridique de RESA, ainsi que RESA elle-même comme personne morale. Le média indique en outre qu’après une audience du 13 mars 2026, les plaidoiries devant la chambre du conseil ont été fixées au 20 octobre 2026. Cette information est doublement significative. D’une part, elle confirme que le dossier est toujours vivant et poursuivi. D’autre part, elle montre qu’il s’est élargi en nombre de personnes exposées à un renvoi. (L-Post)
À ce stade, ce que l’on peut affirmer factuellement est donc précis. Une instruction judiciaire a bien été ouverte. Elle concerne des marchés publics de recouvrement liés à RESA dans un contexte historiquement connecté à Nethys et VOO. Elle vise ou a visé plusieurs figures connues du dossier liégeois, dont Stéphane Moreau, Gil Simon, Paul Tintin et, dans le périmètre médiatiquement mentionné dès 2021, Me Jean-Dominique Franchimont. Elle a donné lieu à un réquisitoire de renvoi visant plusieurs personnes. Et elle a atteint la chambre du conseil, qui doit se prononcer sur la suite à donner. (Le Vif)
Ce que l’on ne peut pas dire est tout aussi important. Les sources consultées ne permettent pas d’affirmer qu’un jugement définitif a déjà condamné ces personnes dans ce dossier précis. Il existe des soupçons graves, des qualifications pénales évoquées par le parquet et des demandes de renvoi, mais cela ne vaut pas condamnation. Dans un dossier de cette nature, la prudence rédactionnelle n’est pas un luxe. Elle est une nécessité. Écrire que les marchés ont été “truqués” comme fait définitivement établi irait au-delà de ce que permettent les informations publiques disponibles. La formule juridiquement correcte est de parler de marchés publics présumés truqués, ou de soupçons de marchés orientés ou faussés. (QU4TRE)
Sur le fond, l’intérêt journalistique de l’affaire tient à trois éléments. D’abord, elle touche une intercommunale stratégique dans le secteur de l’énergie. Ensuite, elle prolonge politiquement et institutionnellement l’ombre du dossier Nethys, qui a déjà marqué durablement la région liégeoise. Enfin, elle met en lumière un mécanisme classique des dossiers de criminalité économique autour du secteur public, à savoir la possible instrumentalisation de procédures de marché pour capter durablement des flux financiers importants liés à des missions récurrentes comme le recouvrement d’impayés. L’existence même de plusieurs reports et devoirs complémentaires montre que le contentieux est techniquement dense et contesté, ce qui est fréquent dans les dossiers complexes mêlant droit des marchés publics, droit pénal économique et gouvernance parapublique. (Le Vif)
En résumé, l’affaire RESA n’est plus un simple écho du scandale Nethys. Elle est devenue un dossier judiciaire autonome, nourri sur plusieurs années, articulé autour de soupçons de corruption, d’entrave aux enchères, de faux et de prises illégales d’intérêts dans des marchés de recouvrement. En 2026, le résultat tangible n’est pas encore une condamnation publique connue, mais un dossier suffisamment avancé pour exposer plusieurs dirigeants, un huissier, des juristes et l’intercommunale elle-même à un possible renvoi devant le tribunal correctionnel. (L-Post)
Gabriel